Conversation avec ENAM GBEWONYO

ENAM GBEWONYO, est une artiste du textile et de la performance, ghanéenne britannique, vivant et travaillant à Londres. Elle pratique l'art depuis plus de dix ans. Aujourd'hui, elle explore les thèmes de l'humanité, de l'identité, et la féminité. J'ai donc souhaité en savoir davantage sur l'histoire et l'art de cette talentueuse artiste. Et bien sûr partager ça avec vous ! Chères lectrices, chers lecteurs, J'ai une belle nouvelle ! Pour ART au féminin, Enam Gbewonyo, réponds à quelques questions en employant des mots forts, des mots vraies, des mots qui résonnent.
Enam Gbewonyo - Venice Biennale Performance - Photo credit Michal Murawski
Enam Gbewonyo - Venice Biennale Performance - Photo credit Michal Murawski

Comment allez-vous ?

Je vais bien merci. Nous sommes toujours bloqués à Londres, et nous avons hâte que cette situation se termine. En attendant, Je me suis beaucoup concentré sur mes travaux personnels et ma pleine conscience pour rester positive et motivée.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Enam Gbewonyo, une artiste du textile et de la performance, ghanéenne britannique, vivant et travaillant à Londres, en Angleterre. Je pratique en tant qu’artiste depuis plus de dix ans maintenant et mon travail explore les thèmes de l’humanité, de la féminité et de l’identité. J'utilise également ma pratique pour prôner les bienfaits curatifs de l'artisanat.

Quel est votre parcours artistique ?

Je suis allé à l'université, mais j'ai un diplôme en design textile plutôt qu'en Beaux-Arts. Après avoir teminé mes études, j'ai réalisé un stage de mode à New York où j'ai fini par y vivre pendant 7 ans en tant que créatrice de tricots. Après avoir été licencié, je suis revenu vivre au Royaume-Uni en 2008. C'est cet événements qui a été le catalyseur pour relancer ma carrière artistique.

Quelle a été votre première création artistique ?

Bonne question. La première chose qui me vient à l'esprit est un dessin que j'ai réalisé à l'école primaire. J'étais en classe 2, j'avais 6 ans. On nous a demandé de dessiner notre repas préféré. J'ai donc dessiné un plat traditionnel ghanéen que ma maman prépare et qui reste mon favori à ce jour. C'est une soupe au banku et à l'okro.

Je me souviens que j'étais fier et heureuse de ce dessin. Jusqu'à présent, c’est le sentiment que je vise avec le travail que je fais, c’est ainsi que je sais que je reste fidèle à moi-même, que le travail que je produit me représente.

Parlez-moi de votre art. Quelles sont vos sources d'inspirations ? Et quel est votre message au monde ?

Depuis 2016, je développe continuellement la série «Nude Me / Under the Skin». Cette série explore l'histoire des collants nude, du comment cette histoire se croise avec celle de la femme noire. Je mets en évidence ce vêtement simple qui a pourtant été l'outil de marginalisation de la femme noire.

Certains des thèmes que j'ai choisis dans cette enquête traversent des périodes : l'esclavage et la colonisation, l'ère Windrush en Angleterre, les infirmières noires du NHS de l'époque, l'élitisme et le racisme dans l'industrie du ballet, l'impact environnemental de l'industrie de la bonneterie, et la manière dont le consumérisme du Nord affecte négativement le Sud.

Enam Gbewonyo - Bigger than the picture they framed us to see, 2019, 16,5x86x6,5 burnout recycled tights - Photo credit Umut Gunduz
Enam Gbewonyo - Bigger than the picture they framed us to see, 2019, 16,5x86x6,5 burnout recycled tights - Photo credit Umut Gunduz

Enam Gbewonyo - Bigger than the picture they framed us to see - Photo credit Umut Gunduz
Enam Gbewonyo - Bigger than the picture they framed us to see - Photo credit Umut Gunduz

Dans les œuvres d'art, cette exploration prend forme en travaillant directement le collant comme matériau principal. Ils sont manipulés et transformés en nouveaux objets.

Les collants sont réutilisés sous différentes formes a l'aide de fil et de toile, puis expérimentés en tricotant, en tressant, brodant, brûlant, piégeant, imprimant et peignant sur cette matière. Ce travail est par la suite élargi par la performance.

Les performances agissent comme un véhicule pour traiter et guérir du traumatisme. De la douleur que la femme noire a vécus à travers l'histoire. Plus largement, il vise à guérir la communauté mondiale et notre histoire commune. Car il n'affecte pas uniquement la communauté noire. D'une certaine manière, mes performances prennent le message global des œuvres d'art et le magnifient.

Ce message est : Peu importe notre race / appartenance ethnique, sous la peau, nous sommes tous pareils. Nous avons tous le même écosystème de veines et de vaisseaux pompant notre force vitale à travers notre corps. C'est un écosystème reflété dans toute vie naturelle, nous sommes tous connectés en une seule énergie.

Pouvez-vous décrire votre environnement de travail / votre atelier ? et votre routine quotidienne ?

J'ai un charmant studio à Croydon à l'ASC Art House, un nouveau complexe de studios spécialement construit à cet effet. Je suis gâté car les studios sont magnifiques avec des fenêtres du sol au plafond et le chauffage central, certainement une grande amélioration en comparaison au studio sombre, froid et humide que j'avais auparavant !

il y a environ 150 studios dans ce bâtiment. Un bon mélange d'artistes et de créateurs de toutes sortes, une communauté vraiment solidaire.

Malheureusement, je n'y suis pas assez souvent. Je travaille à temps partiel, 3 jours par semaine et aussi à cause du confinement. Néanmoins, le travail du textile, me permet de travailler facilement depuis mon domicile, c’est d'ailleurs ainsi que j’ai travaillé pendant la majeure partie du confinement.

Mon travail demande à la fois beaucoup de temps, j'ai donc tendance à travailler par petites périodes, généralement le soir. Je regarde ma serie préféré en meme temps que je tricotte, et couds.

Lorsque je travaille en studio, je mets généralement une playlist ou un podcast Spotify. Un de mes podcasts préférés en ce moment est Talkart. Bien que mon travail demande beaucoup de consentration, je le trouve vraiment relaxant et méditatif, cela m'a certainement aidé à traverser le confinement.

Vous êtes membre de la Black British Female Artist. Pouvez-vous m'en dire plus sur cette fondation ?

J'ai fondé le Collectif en 2015. L'idée est née de mes propres expériences, en essayant de naviguer dans le monde de l'art et en rencontrant une multitude de barrières, celles de la race, du sexe, de l'âge et de la classe sociale.

Jusqu'à present, les Black British Female Artists étaient assez invisibles dans le paysage artistique, avec Lubaina Himid, Claudette Johnson et Sonia Boyce qui ne font que commencer à obtenir leur dû depuis leur émergence au sein du Black Art Group des années 1980.

Le Collectif BBFA sert de plateforme pour mettre en valeur le travail de nos membres et les aider à construire des carrières durables. Il sert également l'espace de sensibilisation aux inégalités auxquelles les artistes noires sont confrontées et y remédier.

Pouvez-vous me communiquer vos (prochaines) dates d'exposition ? et les lieux ?

Eh bien, j'expose actuellement à la Frac Nouvelle-Aquitaine MECA à Bordeaux. Une belle exposition de groupe «Memoria: Récits d’une autre histoire» ouverte depuis le 5 février et se poursuivra jusqu'au 21 août, j'espère me rendre là-bas cet été afin de réaliser une performance.

C’est un grand honneur pour moi, de faire partie de cette exposition. Elle met en lumière tant de mes héros en rapport avec l’art comme, Ndidi Dike, Mary Sibande et Otobong Nkanga.

J'ai également ma première exposition personnelle avec la TAFETA Gallery à Londres, en juillet de cette année. Je suis très enthousiaste par le nouveau travail que je réalise pour ça.

Enam Gbewonyo - In the wake of Barely Black, burnout used tights, cotton hand embroidery and eco-friendly acrylic paint on vintage Cheval mirror frame - photo credit Jennifer Moyes
Enam Gbewonyo - In the wake of Barely Black, burnout used tights, cotton hand embroidery and eco-friendly acrylic paint on vintage Cheval mirror frame - photo credit Jennifer Moyes

Enam Gbewonyo - Dawn Hill artwork front and back - Photo credit Simon Lyle
Enam Gbewonyo - Dawn Hill artwork front and back - Photo credit Simon Lyle
Enam Gbewonyo - Dawn Hill artwork front and back - Photo Credit Simon Lyle
Enam Gbewonyo - Dawn Hill artwork front and back - Photo Credit Simon Lyle

Quel est votre prochain défi ?

Mon prochain défi est de développer davantage le volet engagement du public en rapport avec ma pratique. Cela prendra la forme d’une série d’ateliers que j’espère organiser plus tard dans l’année dans différentes régions du Royaume-Uni. Ils s'adresseront spécifiquement aux femmes noires et constitueront un espace intergénérationnel où j'utilise les éléments clés de ma pratique : Le mouvement, la méditation et la fabrication.

Ces éléments sont cruciaux car les ateliers visent à aborder le traumatisme et la douleur générationnelle des femmes noires et ainsi leur fournir un espace de guérison.

Que pensez-vous de la représentation des femmes artistes dans le monde de l'art ?

Je pense que ça évolue. J’ai vu plus d'actions mettant en valeur les femmes artistes, même si il reste encore un long chemin à parcourir.

Il existe en effet, toujours un écart disproportionné dans l'ensemble, comme le nombre de femmes artistes représentées par les galeries, les expositions et collections des musées. Statistiquement, les femmes artistes vendent beaucoup moins cher que leurs homologues masculins. Étant une femme noire, je vais bien sûr ensuite explorer la condition des femmes artistes noires et l'écart est encore plus prononcé.

Encore une fois, il y a eu des changements ces dernières années et plus encore au cours des derniers mois en raison du mouvement Black Lives Matter, mais ma préoccupation est toujours de savoir dans quelle mesure ces changements / efforts sont authentiques.

Le plus souvent, lorsque le changement demandé est racial, les efforts ont tendance à être symboliques. C'est en partie la raison pour laquelle j'ai fondé le Collectif BBFA et pourquoi tant d'autres organisations d'art noir prennent en charge et font le travail elles-mêmes.

Nous savons tous que pour qu'un réel changement se produise, nous devons détenir une partie du pouvoir.

Voulez-vous ajouter autre chose (un message à passer) ?

J'adorerais terminer en partageant l'une des affirmations qui est devenue un peu un mantra pour moi : «Je vibre sur une fréquence de bonheur, de santé et de richesse». Ce moment dans le temps nous a tous mis à rude épreuve en tant que communauté mondiale. Cette affirmation m'a procuré beaucoup de réconfort et j'espère qu'elle fera de même pour les autres.

Enam Gbewonyo - Unbinding Performance Still
Enam Gbewonyo - Unbinding Performance Still

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Publié samedi 13 mars 2021

Aldjia Créatrice et animatrice de podcasts

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