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Sofonisba Anguissola : la peintre que Michel-Ange admirait
Formée avec la bénédiction de Michel-Ange, portraitiste à la cour de Philippe II d'Espagne, admirée par Vasari. Sofonisba Anguissola (1535–1625) fut la première femme artiste à connaître une renommée internationale. Et pourtant, ses œuvres ont longtemps été attribuées à des hommes.
En 1557, le père de Sofonisba Anguissola écrit une lettre à Michel-Ange. Il le remercie (lui, le plus grand artiste du siècle) de l'attention qu'il a portée à sa fille, de ses conseils, de l'intérêt qu'il lui a témoigné. Michel-Ange, qui avait alors quatre-vingt-deux ans, avait examiné les dessins de Sofonisba et lui avait envoyé un sujet à travailler pour juger de sa progression.
Sofonisba Anguissola (vers 1535–1625) n'était pas une exception tolérée. Elle était une artiste reconnue par les plus grands de son temps.
Pour aller plus loin, écoutez l'épisode du podcast ART AU FÉMININ consacré à Sofonisba Anguissola.
Une éducation exceptionnelle
Sofonisba naît vers 1535 à Crémone, en Lombardie, dans une famille noble. Son père, Amilcare Anguissola, fait le choix (rare pour l'époque) de donner à toutes ses filles une éducation humaniste complète, incluant la musique, les langues et les arts. Sofonisba et plusieurs de ses sœurs (Elena, Lucia, Minerva, Europa) apprendront toutes à peindre.
Vers 1546, elle entre en apprentissage chez Bernardino Campi, peintre maniériste de Crémone, puis travaille avec Bernardino Gatti. Sa formation est rigoureuse, académique, identique à celle des artistes hommes de son milieu. Ce qui était exceptionnel.
Sa réputation grandit rapidement. Giorgio Vasari, qui visite Crémone en 1568 pour la seconde édition de ses Vies des artistes, décrit ses œuvres avec admiration : elle a, écrit-il, « travaillé les difficultés du dessin avec plus d'application et de grâce qu'aucune autre femme de notre temps ».

À la cour de Philippe II d'Espagne
En 1559, le duc d'Albe, représentant du roi d'Espagne Philippe II, fait venir Sofonisba à Madrid. Elle entre à la cour comme dame de compagnie de la jeune reine Élisabeth de Valois, mais aussi comme portraitiste officielle de la famille royale.
Elle restera en Espagne quatorze ans. Durant cette période, elle peint le roi, la reine, les infantes, les courtisans. Ses portraits se distinguent par une sobriété élégante, une lumière diffuse, une attention particulière à l'expression des visages. Loin de la raideur formelle qui caractérisait souvent le portrait de cour. Le Prado conserve aujourd'hui plusieurs de ces œuvres.
En 1573, la reine Élisabeth étant décédée, Sofonisba quitte l'Espagne. Philippe II lui accorde une rente viagère en reconnaissance de ses services, une marque de distinction rare, accordée à peu d'artistes.
Les autoportraits : se montrer pour exister
On connaît aujourd'hui au moins douze autoportraits de Sofonisba Anguissola, davantage que ceux de Dürer ou de Rembrandt à la même époque. Ce n'est pas un hasard.
Dans un monde où les femmes artistes ne pouvaient pas travailler avec des modèles masculins nus, ne pouvaient pas voyager librement pour étudier les œuvres antiques, n'avaient pas accès aux grandes commandes publiques ou religieuses, le corps disponible était le leur. Sofonisba s'est peinte en train de lire, de jouer du clavecin, de peindre. Elle s'est peinte comme une femme de lettres, une musicienne, une artiste.
Ses autoportraits ne sont pas de la vanité. Ils sont une revendication : je suis là, je crée, j'existe.
La partie d'échecs : un tableau hors norme
Parmi ses œuvres les plus célèbres figure La partie d'échecs (1555), un portrait de groupe représentant trois de ses sœurs (Lucia, Minerva et Europa) jouant aux échecs, sous le regard d'une servante âgée. Le tableau est remarquable : il met en scène des femmes actives, pensantes, en pleine compétition intellectuelle. La composition est vivante, les regards interagissent. C'est l'une des premières représentations de la vie quotidienne féminine traitée avec la dignité du grand portrait.
La vieillesse et Van Dyck
En 1573, Sofonisba épouse Fabrizio de Moncada, un noble sicilien. Veuve quelques années plus tard, elle se remarie avec Orazio Lomellino, un capitaine génois. Elle choisit elle-même cet époux, ce qui était là encore exceptionnel pour l'époque.
En 1624, le jeune peintre flamand Antoine van Dyck fait le voyage jusqu'à Palerme pour la rencontrer. Elle a près de quatre-vingt-dix ans et elle est presque aveugle. Dans son carnet de voyage, Van Dyck note qu'elle lui a donné des conseils sur la lumière, sur les portraits, sur la manière de saisir l'expression d'un visage. Elle lui conseille de placer la lumière en hauteur pour éviter les ombres disgracieuses sur le visage des personnes âgées.
À quatre-vingt-dix ans, aveugle, elle enseignait encore.
Sofonisba Anguissola meurt à Palerme en 1625, à un âge estimé entre quatre-vingt-dix et quatre-vingt-treize ans.
L'oubli et la redécouverte
Pendant des siècles après sa mort, ses œuvres ont circulé sous des noms d'hommes. Attribuées à son maître Campi, à des anonymes, à des contemporains mieux documentés. Ce n'est qu'au XXe siècle que les historiens de l'art ont entrepris de lui rendre ses tableaux, et son nom.
Sofonisba Anguissola est aujourd'hui conservée au Prado de Madrid, aux Offices de Florence, au Kunsthistorisches Museum de Vienne, au musée des Beaux-Arts de Boston. Elle est, enfin, là où elle aurait toujours dû être.

À propos de l'Autrice
Aldjia Boughias — développeuse web orientée Art et Culture, exploratrice de l'Histoire de l'Art le reste du temps. J'ai créé ART AU FÉMININ pour donner aux femmes artistes la place qu'elles méritent dans notre mémoire collective.
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