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Automne 2026 à Lille : une rentrée culturelle comme on n'en a jamais vu
Sheila Hicks, 300 œuvres de femmes au LaM, 22 Frac au Tripostal, Bérangère Fromont au Théâtre du Nord, Louvre-Lens : l'automne 2026 à Lille est exceptionnel.
Six expositions. Trois musées. Un Tripostal. Un théâtre. Et le Louvre-Lens à 33 km. Entre septembre 2026 et mars 2027, Lille et sa région alignent une programmation qui sort de l'ordinaire, avec des premières historiques, des collections jamais réunies, et des artistes qu'on attendait depuis longtemps.
Sheila Hicks envahit le Palais des Beaux-Arts, et c'est une première
Du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027 - Palais des Beaux-Arts de Lille
Sheila Hicks a 92 ans. Elle vit à Paris depuis 1964. Elle a exposé dans les plus grands musées du monde (le MoMA, le Centre Pompidou, la Biennale de Venise). Et pourtant, c'est la première fois qu'une femme artiste investit l'atrium du Palais des Beaux-Arts de Lille.
Née en 1934 dans le Nebraska, Hicks a fait Yale à une époque où l'on n'y admettait presque pas les femmes dans les ateliers "sérieux". Elle y choisit le textile précolombien comme sujet de mémoire. Un choix qui n'était pas une évidence dans un monde où le tissu était encore considéré comme un art mineur, féminin, domestique. Elle en a fait le cœur d'une œuvre mondiale.
Ce qui l'amène à Lille n'est pas un hasard. Il y a entre cette ville et le fil une histoire longue de plusieurs siècles. Manufactures textiles dès le XVIe siècle, industries mécaniques au XIXe, héritage ouvrier tissé dans les rues mêmes du centre historique, Lille est une ville qui connaît la valeur d'une bobine de fil. Hicks le sait, et elle crée une œuvre in situ spécialement pour l'atrium du musée, pensée en dialogue avec l'architecture, la lumière et cette mémoire industrielle.
Ses sculptures souples, ses bas-reliefs de fibres, ses installations qui semblent flotter entre pesanteur et apesanteur. Tout cela est à voir gratuitement dans l'atrium. La suite de l'exposition est incluse dans le parcours permanent (7€ / 4€).
Au LaM, 300 œuvres de femmes que l'histoire de l'art a failli effacer
Du 3 octobre 2026 au 14 février 2027 - LaM, Villeneuve-d'Ascq

Autodidactes. Anonymes. Classées dans l'"art brut" pour ne pas avoir à les prendre au sérieux. Soixante-dix artistes femmes du monde entier, réunies dans une exposition qui porte un titre à la fois simple et radical : Singulières : artistes, autodidactes, affranchies.
300 œuvres. Un fonds exceptionnel ! Celui de l'Aracine, l'une des plus grandes collections d'art brut et d'art singulier au monde, donnée au LaM. Des prêts internationaux. Et un propos qui résonne directement avec ce que nous défendons ici depuis le début : ces femmes ont créé, souvent dans l'ombre, souvent sans reconnaissance, souvent en dehors de toutes les institutions qui auraient pu les valider, et leurs œuvres ont une force visuelle que beaucoup de "grands noms" n'atteignent jamais.
Parmi elles, Baya, artiste algérienne née en 1931, révélée à 16 ans par la galeriste Marguerite Caminat, qui la fait connaître au galeriste Aimé Maeght. Son exposition parisienne de 1947 est préfacée par André Breton. Sa Femme en robe orange et cheval bleu (vers 1947) est une des pièces de l'exposition. Une gouache d'une liberté, d'une couleur qui claque. Puis son mariage en 1953 interrompt son travail pendant une décennie. Elle reprend en 1962, continue d'exposer, mais son nom n'a jamais retrouvé la place qu'il méritait.
L'exposition est commissariée par Savine Faupin et Christophe Boulanger, deux spécialistes de l'art brut qui travaillent sur ces collections depuis des années. Ce n'est pas une exposition de rattrapage sentimental. C'est un réexamen sérieux de ce que l'histoire de l'art a choisi de ne pas voir.
22 Frac réunis pour la première fois, et c'est une bonne raison de rire
Du 9 octobre 2026 au 3 janvier 2027 - Le Tripostal, Lille
Depuis 40 ans, les Fonds régionaux d'art contemporain collectionnent, conservent, diffusent l'art en France. Vingt-deux structures, vingt-deux collections, vingt-deux regards différents, et jusqu'ici, vingt-deux façons séparées d'exister.
Cet automne, ils se retrouvent tous au Tripostal. Pour la première fois de leur histoire.
L'exposition s'appelle Éclats du rire ! et elle rassemble des œuvres qui jouent avec l'ironie, l'absurde, la dérision et le détournement. Des noms que vous reconnaîtrez : Maurizio Cattelan, Laure Prouvost, Erwin Wurm, Robert Doisneau, Annette Messager, et des dizaines d'autres moins connus mais tout aussi percutants. Sur 5 000 m² et trois étages, le rire comme outil critique. Le rire comme arme. Le rire comme acte politique.
En marge de l'exposition, une programmation de stand-up lie les arts visuels à la scène lilloise de la comédie. Deux formes qui partagent le même goût pour la provocation et le même besoin d'un public en chair et en os.
Mémoire d'enfants - l'intime comme matière première
Du 15 octobre au 5 décembre 2026 - La pouponnière, Lille

Plus discrète dans la programmation, cette exposition n'en est pas moins à signaler. Le duo d'artistes lillois Naomi van Niekerk et Arnaud van Vliet a imaginé une installation immersive à La pouponnière. Un lieu chargé de sa propre histoire, qui donne à leur travail sur la mémoire enfantine une résonance particulière.
Courte durée, espace intime, artistes locaux : c'est le genre d'exposition qui se fait et se défait sans laisser beaucoup de traces. Raison de plus pour ne pas la rater pendant qu'elle existe.
Bérangère Fromont photographie la place de la République
Du 18 septembre 2026 au 16 janvier 2027 - Théâtre du Nord, Lille — Entrée libre
On ne s'attendait pas à trouver une exposition photo aussi rigoureuse dans un théâtre. Et pourtant : le Théâtre du Nord accueille, en partenariat avec l'Institut Photo, la série République de Bérangère Fromont, un travail de longue haleine sur une place que tout le monde croit connaître et que personne ne regarde vraiment.
La place de la République à Paris. Lieu de manifestations, de rassemblements, de révoltes mais aussi, entre les cortèges, lieu de vie ordinaire. Bérangère Fromont s'y est installée du printemps à l'automne, presque quotidiennement, avec un moyen-format argentique 80 mm sans zoom. Pas de distance de sécurité : le format l'obligeait à se placer au centre de ce qu'elle photographiait, dans la foule, dans le mouvement, dans la lumière réelle.
Les tirages exposés ne sont pas des photos entières. Ce sont des détails extraits de négatifs numérisés en très haute définition, agrandis jusqu'à révéler une texture que l'œil nu n'avait pas vue. Imprimés sur papier washi (papier japonais en fibres de mûrier, presque translucide mais d'une résistance surprenante) à l'encre de charbon par la technique de la piézographie, ils ont une profondeur de gris que l'impression numérique ordinaire ne peut pas approcher.
Les skateurs reviennent souvent dans la série. Non pas comme sujet anecdotique, mais comme figure d'une résistance diffuse. Celle qui ne défile pas, ne crie pas, mais réinvente l'usage d'un espace pensé pour autre chose. Fromont les observe sans les romaniser : ils sont là, ils occupent la place, ils la transforment par leur présence.
Et à 33 km : le Louvre-Lens explore l'art du bonheur
Du 23 septembre 2026 au 18 janvier 2027 - Louvre-Lens, Lens

À 40 minutes de Lille en train, le Louvre-Lens propose cet automne une exposition aussi inattendue que son titre : Trop mignon ! L'art du bonheur. Près de 300 œuvres (peintures, sculptures, photographies, vidéos, installations) traversent l'histoire de l'art de l'Antiquité à aujourd'hui pour explorer une question sérieuse sous des dehors légers : pourquoi certaines formes, certaines couleurs, certains animaux provoquent-ils une émotion immédiate de joie ?
Kawaii, mignon, cute ... ces esthétiques ont une histoire, des codes, une politique. L'exposition le démontre en convoquant des œuvres aussi différentes que celles de Takashi Murakami, Jeff Koons, Cindy Sherman, Annette Messager ou Pierre et Gilles. Ce n'est pas une exposition pour enfants, c'est une réflexion sur la puissance émotionnelle du beau, du doux, du rose. Sur ce que l'art fait à nos corps quand il choisit le plaisir plutôt que le malaise.
Commissariée par Annabelle Ténèze (directrice du Louvre-Lens) et Émilie Girard (directrice des musées de Strasbourg), l'exposition est le premier chapitre d'un diptyque : le second volet, intitulé Trop mignon ! La revanche du cute, prendra le relais à Strasbourg du 19 février au 29 août 2027 séquentiel, pas simultané.

À propos de l'Autrice
Aldjia Boughias — développeuse web orientée Art et Culture, exploratrice de l'Histoire de l'Art le reste du temps. J'ai créé ART AU FÉMININ pour donner aux femmes artistes la place qu'elles méritent dans notre mémoire collective.
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